Que resterait-il de ces écosystèmes recomposés ?

Site à l’abandon depuis une vingtaine d’année
Une renaturation (qui plus est, naturelle – pour laquelle on laisse les forces de la nature agir dans le temps long) est suffisamment rare dans notre monde en expansion effrénée pour qu’on la défende.
Le processus est à l’œuvre depuis près de vingt ans dans ce lieu et est suffisamment engagé pour qu’on ne vienne pas l’annihiler par un nouveau projet industriel.
Site à batraciens d’importance cantonale
L’abandon des activités et la désaffectation du site industriel a permis la colonisation du fond des bassins Ouest par des amphibiens à protéger (Crapaud calamite et Triton palmé). Cette colonisation est bien l’effet d’une reconquête lente et naturelle qui a permis aux batraciens, profitant des écosystèmes successeurs progressifs, de s’y développer. Aucun biotope artificiel n’atteint cette qualité d’intégration dans un site et les sites naturels de ce type sont extrêmement rares. Ce site est d’ailleurs répertorié comme site d’importance cantonale pour la reproduction des batraciens et la section nature et paysage du SFN a déjà précisé que la destruction de ce site n’était pas envisageable.
Pourtant, pour permettre le projet, ce biotope devrait disparaître pour permettre les aménagements prévus sur le site. Pour « compenser » la perte de ce biotope, une surface « dédiée aux aménagements naturels et aux biotopes humides » serait prévue à l’Est du périmètre, entre la forêt et la zone exploitée. Est prévue également la création d’une prairie à l’Ouest du périmètre à l’intérieur de l’espace clôturé (!).
La volonté de « bien faire », pour favoriser l’approbation de la zone spéciale destiné au centre de tri, est flagrante (notamment la gestion des périodes artificiellement sèches et humides !), mais il ne s’agit là en rien d’une compensation écologique. Comment peut-on imaginer « avoir fait le job » en créant deux espaces artificiels en bordure immédiate d’un site industriel à l’activité effervescente, au bruit intense (niveau IV), aux vibrations peut-être insensibles aux humains mais permanentes et au trafic incessant des véhicules ? A noter que le périmètre actuellement protégé est qualifié avec un degré de sensibilité au bruit de IV (j’imagine que ce ne sont pas les mêmes normes qui sont appliquées).
« Par conséquent, nous avons inscrit le nouveau biotope à créer prévu par le projet et le secteur de prairie comme périmètres de protection de la nature » dit le projet.
C’est juste une plaisanterie, qui n’apporte rien à la réelle préoccupation écologique de préserver d’une activité humaine de plus en plus envahissante un écosystème naturel qui se construit. C’est juste un simple décor à une administration « moderne » du site.
Mais la reprise de cette modification avec force détails dans le projet de modification du RCU, qui détermine avec un zèle certain et un niveau d’exigence clair la protection dont il conviendrait d’accorder à ces composantes écologiques, est juste oublieuse de l’élément principal sous-jacent à tout le site : l’eau de la nappe phréatique, en-dessous, qui pourrait être durablement menacée. Il est fait « grand cas » dans ce projet, et c’est tout à fait normal, de la présence de ces batraciens, trop rares, à protéger et dont les derniers biotopes disparaissent, mais on se montre curieusement bien oublieux de la ressource encore plus vitale en aval qu’on s’apprête « aussi » à mettre en danger.
Points de contradiction des analyses de risques pour les écosystèmes recomposés
- Du point de vue de la nature et du paysage, le RIE s’arrête particulièrement sur le site à batraciens qui rend l’emplacement prioritaire pour une action cantonale et l’inscription de l’objet à l’inventaire cantonal des sites à batraciens entièrement justifiée. Une « extension » de l’habitat d’autres amphibiens est aussi recensée dans le tronçon en aval du ruisseau des Baumes. Mais la compensation proposée de la suppression de leur habitat naturel actuel est-elle adaptée dans le contexte industriel qui se profilerait ?
- Les mesures concernant l’illumination du site, l’élimination des plantes exotiques et la barrière à batraciens prévue, si elles sont évidemment bienvenues, ne prennent pas du tout en compte les éléments qui disqualifie la construction d’un biotope comme mesure écologique compensatoire dans le cas de la réalisation effective de cette implantation. Bien qu’on puisse sans aucun faire doute confiance aux spécialistes pour en effectuer le « déplacement » dans les règles de l’art, la réalisation du biotope avant le début des travaux va surtout exposer ses habitants, outre les inconvénients ci-dessus, au trafic incessant des machines, au bruit permanent, inconnu auparavant dans cette clairière calme, et aux vibrations. Bien que non spécialistes nous ne pouvons pas croire que cela corresponde à un rendu 1 pour 1 de « compensation » validé par un spécialiste, déjà pendant la période de construction du centre.
- Dans le même esprit, le suivi environnemental de la phase de réalisation (SER) ne nous semble qu’une prise en compte de la préoccupation environnementale dans la stricte limite des normes pour limiter au maximum le frein qu’elle pourrait représenter pour la concrétisation effective du projet.
- La compensation écologique, purement artificielle, n’est là que pour permettre objectivement la suppression d’une objection à la réalisation du site en cette période à sensibilité un peu plus écologique.
- L’inscription au RCU des exigences liées à cette « compensation » et à leur « remplacement » écologique, si elle est conforme au projet, ne répond pas à l’esprit d’une telle compensation du biotope itinérant FR605.
- Deux corridors à faune d’importance locale sont également présent de part et d’autre du site, le milieu boisé offrant un habitat à la faune caractéristique du plateau. Croire que ces habitats seront maintenus (naturellement) en cas d’implantation industrielle dans le secteur est une douce illusion, alimentée par le seul acharnement à obtenir le dézonage de ce secteur. Le site vient perturber tous les éléments de protection nécessaires à leur conservation en voulant se positionner exactement en leur centre. Peut-on dès lors raisonnablement affirmer que « les fonctions de corridor à faune […] seront en particulier garantis avec la réalisation [du projet] et ne seront pas dégradés […] » de facto ?