
Futur centre de tri à Léchelles. L’augmentation du trafic routier préoccupe
Les citoyens de Belmont-Broye ont fait part de leur crainte concernant le projet de centre de recyclage de la société Helvetia Environnement. Ceci à l’occasion d’une séance d’information organisée jeudi soir.

La séance d’information de jeudi soir sur le futur centre de recyclage n’a pas attiré la foule. Photo : Charles Ellena
Delphine Francey 8 novembre 2024 à 18:09, mis à jour à 18:44
Le projet de la société Helvetia Environnement de créer un centre de recyclage à Léchelles, à l’extérieur du village, échauffe les esprits à Belmont-Broye. Les autorités communales ont convié la population jeudi soir à une séance d’information pour présenter la modification de la zone de 36 300 m2 en zone spéciale. Une condition sine qua non pour pouvoir accueillir l’entreprise, qui souhaite transférer ses activités de Rosé, où elle est locatrice, à Léchelles où elle détient le terrain.
Le dossier de modification de zone sera soumis à l’enquête publique dès le 15 novembre, tout comme le dossier de centre de traitement des déchets et celui de l’équipement du site pour l’eau potable et l’évacuation des eaux usées. Un équipement à 1,5 million de francs aux frais de la commune qui, rappelons-le, a suscité le débat au sein du Législatif belmontois et qui est attaqué par une demande de référendum dont la validité est pendante (notre édition du 6 novembre).
Site pollué
Alors que le projet alimente les discussions, seulement une trentaine de citoyens ont fait le déplacement jeudi. Une faible fréquentation qui surprend Pascal Joye. Le conseiller communal en charge de l’aménagement du territoire s’attendait à davantage de monde pour un sujet aussi sensible. Durant la séance de trois heures, de nouveaux éléments du dossier ont été annoncés au public. Les participants ont posé de nombreuses questions et plusieurs ont fait part de leur crainte concernant l’augmentation du trafic routier et la participation financière de Belmont-Broye.
32 équivalents temps plein, l’effectif des employés d’Helvetia Environnement sur son site de Rosé.
Le projet prévoit de construire six halles, équipées d’installations spécialisées notamment pour les papiers-cartons, le bois et les déchets de chantier. Alors qu’Helvetia Environnement emploie 32 équivalents temps plein à Rosé, l’entreprise souhaite augmenter les effectifs à une cinquantaine de collaborateurs, voir une soixantaine, a annoncé Nicolas Brousse, représentant de Paprec. Ce groupe français, actif dans le recyclage et dont le chiffre d’affaires 2023 s’élève à 3 milliards d’euros, est le nouvel actionnaire d’Helvetia Environnement. Le montant précis que compte investir la société à Léchelles n’est pas communiqué, mais Nicolas Brousse parle de plusieurs millions de francs.
Le public a appris que si la modification de la zone du site entre en force, le propriétaire disposera de cinq ans pour réaliser les travaux. S’il ne le fait pas, le terrain devra passer en zone agricole. Nathalie Currat, cheffe de Département environnement pour CSD Ingénieurs, qui a présenté le centre de tri à l’assemblée, a indiqué que les activités de la société se dérouleront de jour, pendant la semaine.
Elle a aussi informé l’assistance que le site est pollué par des PFAS: «Les pompiers ont effectué des exercices sur ce terrain par le passé. Les PFAS proviennent des mousses d’extinction utilisées à l’époque. Une étude est en cours pour déterminer notamment la quantité de PFAS et par conséquent si des mesures doivent être prises ou si une surveillance suffit. A titre préventif, ce secteur est inscrit au cadastre des sites pollués.»
Qualité de vie détériorée
Certains habitants ont partagé leur inquiétude concernant l’augmentation du trafic qui, selon eux, détériorera la qualité de vie et la sécurité des piétons. Rappelons que le centre de tri générera, en prenant en compte le cas le plus défavorable évalué, 216 mouvements/jour dont 126 poids lourds, répartis à 70% en direction de Grolley et à 30% en direction de Léchelles. La société dit avoir pris l’engagement de transporter sur le rail 50% des déchets sortants.
«Il n’est pas possible d’amener les déchets sur le site par le rail car les sources des déchets sont multiples et réparties dans les déchetteries et les entreprises. Il n’y a pas d’espace pour des collectes près des gares. Helvetia Environnement sera contrôlée via des rapports de gestion. Si elle ne respecte pas les conditions du transport sur le rail, elle risque de perdre son autorisation d’exploiter», a assuré Nathalie Currat en réponse à plusieurs interventions de citoyens.

« Notre objectif n’est pas d’intensifier le trafic routier. On cherche des alternatives avec le rail pour des raisons écologiques et financières »
Nicolas Brousse s’est voulu rassurant: «Entre la baisse des tonnages de déchets, la baisse de fréquence des collectes, l’usage intensifié du rail et l’électrification de notre flotte, notre objectif n’est pas d’intensifier de manière draconienne le trafic routier. On cherche des alternatives avec le rail pour des raisons écologiques et financières.»
Autre préoccupation de citoyens évoquée: le montant à la charge de Belmont-Broye si le projet n’aboutit pas et que le site retourne en zone agricole. Il comprendrait un éventuel dédommagement envers l’entreprise par rapport aux frais engagés et la remise en état du terrain. Même si aucune estimation n’a été faite, le conseiller communal Pascal Joye a répété le montant de 5 à 8 millions de francs.
A l’issue de la séance, Nicolas Brousse assure croire à la réalisation de ce projet d’envergure. «Nous sommes toujours là, plus de dix ans après avoir acheté le terrain et après une mise à l’enquête en 2017, qui n’a pas abouti. Les inquiétudes du trafic sont légitimes, mais nous savons qu’on ne va pas décevoir la population.»