
Contre le projet d’implantation à Léchelles d’un centre de tri et de traitement des déchets au-dessus d’un captage d’eau potable.
1. Argument central
Nous considérons que l’emplacement choisi est inadapté pour une activité de traitement des déchets, principalement en raison de la proximité immédiate et en aval du captage d’eau du Puits-des-Baumes, ressource jugée vitale pour deux communes de la région, Belmont-Broye et Grolley-Ponthaux.
En effet:
- le risque principal est une pollution accidentelle de la nappe phréatique ;
- même avec des mesures techniques, le risque zéro ne peut être garanti ;
- les conséquences d’un incident seraient potentiellement catastrophiques pour l’approvisionnement en eau potable régional.
La protection de l’eau doit primer sur les intérêts économiques ou industriels.
2. Importance stratégique du Puits-des-Baumes
Le Puits-des-Baumes alimente en eau potable plusieurs localités :
- Léchelles – 100%
- Chandon – 100%
- Russy – 100%
- Grolley – 50%
- Ponthaux – 53%
- Domdidier – 8% (mais 100% des hameaux au-dessus du village)
- Dompierre – 5%
Cette eau est décrite comme :
- de très bonne qualité ;
- non traitée ;
- difficilement, voire quasiment pas remplaçable dans la région.
Donc une activité industrielle liée aux déchets à proximité directe du captage constitue une prise de risque inacceptable.
3. Risques environnementaux dénoncés
Pollution des eaux souterraines
Plusieurs risques :
- infiltration de lixiviats ;
- contamination chimique ;
- pollution par métaux lourds ;
- dispersion de polluants lors d’incendies ;
- risques liés aux PFAS ;
- infiltration accélérée en cas de ruptures géologiques.
Et également :
- l’étanchéité jugée insuffisamment démontrée des anciens bassins ;
- l’absence d’analyses hydrogéologiques approfondies ;
- des marges de sécurité considérées trop faibles face aux événements climatiques extrêmes.
Risque d’inondation et ruissellement
Principales critiques :
- l’imperméabilisation massive du site ;
- les risques de débordement des bassins ;
- la gestion des eaux pluviales ;
- les dangers liés aux crues.
Nous estimons que :
- les modèles utilisés reposent sur des statistiques climatiques dépassées ;
- les phénomènes météorologiques extrêmes liés au changement climatique sont sous-estimés ;
- un débordement pourrait entraîner une dissémination de déchets ou d’eaux contaminées vers la nappe phréatique.
Risque d’incendie
Le constat que les centres de tri sont particulièrement exposés aux incendies est à mettre en rapport avec:
- le voisinage de la forêt augmente encore le danger ;
- les besoins en eau d’extinction pourraient être énormes ;
- les infrastructures de défense incendie paraissent insuffisantes ;
- un incendie majeur pourrait contaminer durablement les eaux souterraines.
On peut consulter également les exemples d’accidents industriels pour souligner qu’aucun système n’est totalement sûr.
4. Critique du choix du site
Nous estimons que le site ex-Carbura devrait poursuivre sa renaturation naturelle au lieu d’être réindustrialisé.
Il faut rappeler que :
- le site est abandonné depuis près de vingt ans ;
- une biodiversité importante s’y est développée ;
- des amphibiens protégés y sont présents ;
- le site est reconnu d’importance cantonale pour certains batraciens.
Nous jugeons que les mesures compensatoires prévues sont insuffisantes et surtout très artificielles dans un contexte industriel.
5. Contestation de la justification de la « zone spéciale »
La création d’une « zone spéciale » selon l’art. 18 LAT. est fortement contestable car:
- le projet ne nécessite pas obligatoirement cet emplacement ;
- le fait que le site ait eu un passé industriel ne justifie pas sa réactivation ;
- d’autres localisations seraient possibles ;
- le projet contournerait partiellement les contraintes des normes d’aménagement du territoire.
Cette procédure sert essentiellement les intérêts privés du promoteur.
6. Critique de l’argument ferroviaire
Le projet met en avant l’utilisation du rail comme justification écologique.
Cette argumentation est contestable et contestée car :
- le trafic routier resterait dominant (3/4 par camions) ;
- la part prévue pour le rail est jugée minimale, voire faible ;
- aucune progression obligatoire vers davantage de ferroutage n’est prévue ;
- le projet générerait malgré tout des dizaines de milliers de mouvements supplémentaires de poids lourds par an.
Nous considérons donc que l’argument du rail est surtout utilisé pour faciliter l’acceptation politique du projet.
7. Impacts sur la mobilité
Nous y voyons plusieurs problèmes :
- forte augmentation du trafic poids lourds ;
- surcharge de l’axe Fribourg–Payerne ;
- accès peu adapté aux transports publics pour les employés ;
- risques accrus pour les cyclistes (augmentation du trafic poids lourds) ;
- incertitudes concernant la capacité du pont d’accès (qui surplombe la route cantonale).
Les nuisances routières toucheront l’ensemble des villages de l’axe concerné.
8. Critique de la procédure et des études
Nous reprochons :
- un manque de neutralité de la commune ;
- des études réalisées principalement par des mandataires du promoteur ;
- un « plaidoyer » sémantiquement trop favorable à l’entreprise et ouvertement oublieux du risque sur l’aquifère sous-jacent ;
- une absence de véritable débat public.
Nous considérons également également que :
- certaines études sont incomplètes ;
- plusieurs éléments techniques restent flous ;
- certaines conclusions sont trop optimistes ou complaisantes.
9. Notre position générale
- l’activité de recyclage est reconnue comme utile et nécessaire ;
- mais ce site précis est jugé incompatible avec une telle activité ;
- le principe de précaution devrait conduire à refuser la mise en zone spéciale ;
- la priorité devrait être la protection durable de la ressource en eau et de l’environnement naturel existant.
Nous voulons défendre :
- la préservation du site renaturé ;
- la protection absolue du captage d’eau ;
- le refus d’une réindustrialisation jugée trop risquée à cet emplacement.