Séance d’information du 7 novembre 2024 à Léchelles

 

 

La séance organisée à Léchelles était la première et la seule présentation à la population du projet de Centre de recyclage projeté sur le site ex-Carbura.

Cette séance, houleuse parfois, a encore une fois démontré l’approche obstinée de tous les acteurs promoteurs de l’implantation de Helvetia Environnement. Mais cette impression de « tête dans le guidon » est encore renforcée par un étrange sentiment de manipulation de l’information distillée qui pouvait se traduire dans les réactions à certaines interventions du public.

Le ton était donné par Pascal Joye (qui semble être la cheville ouvrière d’un « quoi qu’il en coûte » au sein du Conseil communal) qui précisait d’emblée que le thème principal de la présentation se limiterait principalement aux modifications du RCU (Règlement communal d’urbanisme) nécessaires à l’aboutissement du projet. Celles-ci serait complétées par une présentation du projet par Helvetia Environnement qui « n’était pas obligée de venir (le présenter à la population) ».

Dans ce cadre, un descriptif du « mille feuilles » (sic !) d’une mise à l’enquête prévue à partir du 15 novembre 2024, achevait la démonstration, ignorée seulement du public, que tout est déjà ficelé pour éviter toute remise en cause d’un projet qui ne laisse aucun choix à la population.

Cette première présentation à la population depuis « 3 à 4 ans de travaux préparatoires » laisse, à tous ceux qui s’attendaient à un débat plus fondamental sur l’opportunité ou non d’une réanimation industrielle d’un site à l’abandon depuis une vingtaine d’année, un goût amer de fait accompli.

Tout d’abord préciser et préciser clairement que l’activité de recyclage n’est pas directement en cause ici. C’est une activité absolument indispensable à notre époque de consommation effrénée.

Tout le problème dont nous avons à débattre est lié au choix du site même qui est prévu pour cette activité à Léchelles et ce problème pose toute une série de questions.

 

 

Tout ce qui n’a pu être dit ou a été quasi bâillonné lors de la séance.

Alors pour ceux-ci et surtout les autres, qui auraient pu être attentifs à un son de cloche différent, voici un aperçu de ce qu’il aurait (peut-être) fallu ajouter :



L’eau

La première question, qui devrait faire débat, part d’un constat qui, semble-t-il, n’a pas été fait tout au long de ces longues années de tractations :

De l’autre côté du Belmont, on a déjà connu l’épisode chlorotalonil qui a condamné le réservoir de la Carnoche.

Et maintenant, le site, où l’on prétend réanimer une activité industrielle de recyclage est situé à proximité immédiate du Puits-des-Beaumes qui est la plus importante ressource en eau potable non traitée pour Belmont-Broye (la seule pour Léchelles, Chandon et les hauteurs de Russy/Domdidier – partiellement pour Dompierre) et bien sûr pour Grolley.

L’eau est bien évidemment le sujet le plus important dans cette affaire, non seulement par l’insistance de la Commune de solliciter Grolley pour la fournir, mais surtout par le flou qui continue d’entourer ce thème bien qu’on ait malgré tout déjà décidé un investissement très important pour permettre au projet d’avancer.

On nous annonce que l’entreprise va utiliser pour son process (donc pour la plus grande partie de ses besoins en eau), non pas les ridicules 3m3 que nous nous apprêtons à lui fournir pour une fortune, mais de l’eau météorique qui est selon sa définition de l’eau de pluie principalement accumulée dans la nappe phréatique…

Alors combien de m3 quotidiens d’eau « météorique » ? Des dizaines, des centaines ? Selon HE 8m3 par jour et par recyclage… de l’eau (ce qui est évidemment louable).

D’où la question :

A-t-on une évaluation documentée (non seulement par les affirmations d’HE, mais  par l’expérience d’autres sites) des quantités réellement utilisées et éventuellement (sûrement) prélevées et leur impact sur les réserves en eau de toute la région ?

Car, ce qui a échappé à la plupart de l’assistance (?), c’est qu’effectivement il y aurait au moins un puits (privé) sur place et que d’autre part des forages ont été faits sur la parcelle, mais qui « n’ont pas donné de résultats concluants»…

Ces problèmes de quantité d’eau amène à parler d’un autre aspect : l’épuration.

Tout le monde est au courant que la Commune envisage de se défaire de sa STEP pour se joindre à l’immense projet de STEP Agrico à St.Aubin. Qu’en est-il de l’épuration des eaux de l’éventuel futur centre de recyclage de Léchelles. La STEP Agrico sera-t-elle adaptée et sans problème face à cette eau spéciale ? Y aura-t-il un pré-traitement sur place pour éliminer les éléments les plus toxiques ? La part de frais de la Commune pour cette hypothèse est-elle connue ?

Un autre élément impliquant de grandes quantités d’eau, dont il aussi faudrait parler, c’est la défense incendie.

La protection incendie

Donc, non contente de posséder déjà six entreprises OPAM (Ordonnance sur la protection contre les accidents majeurs) sur son territoire, la Commune ambitionne d’en accueillir une septième !? Selon ce qui a été dit, le Centre de recyclage ne sera pas OPAM.

En s’intéressant au sujet, on apprend que cela commence à inquiéter les cadres dirigeants belmontois, dont la caserne n’est plus aux normes et qui ont appris qu’il seront probablement également rattachés à la caserne prévue sur le site Agrico de St. Aubin.

Si on revient à « notre » projet, qu’en sera-t-il en cas de problème à Léchelles. Partir de St.Aubin, avec le risque d’un passage à niveau fermé – à cause de l’augmentation de la fréquence au quart d’heure – comme cela a déjà été relevé par ces cadres qui demandent une caserne à eux.

Intervention pompiers signifie aussi prise en compte des risques.

Les risques environnementaux

Ces risques sont bien entendu dépendants de la nature des déchets qui seraient recyclés à Léchelles. Etant donnée la taille de l’entreprise et son ambition, on peut sans doute dire qu’à Léchelles, outre du compostage et des déchets « propres », seront également recyclés des déchets spéciaux. Lesquels ?

Parmi les déchets spéciaux, on cite habituellement :

  • Produits chimiques
  • Médicaments
  • Peintures
  • Produits phytosanitaires, biocides
  • Traitement du bois
  • Liquides toxiques
  • Huiles usagées
  • Piles, accus et batteries

Le site se situe à quelques dizaines de mètres de la zone de captage du Puits-des-Baumes. D’autre part, il est l’un des points les plus hauts de la Commune (hormis le Belmont), soit 603m, sachant que le Puits-des-Beaumes se trouve à 555m, a-t-on les assurances géologiques concernant des infiltrations éventuelles (qu’elles soient « naturelles » ou consécutives à une intervention pompiers, etc.) qui seraient catastrophiques autant pour Belmont-Broye que pour Grolley.

On peut rappeller aussi que le Chandon prend sa source dans les parages.

Le risque de dissémination dans la nature de résidus polluants et toxiques n’est donc pas exclu. Alors voulons-nous le réintroduire après une pause de 20 ans ?

Pour finir, au niveau pollution, il serait important de savoir exactement où on va mettre les pieds.

Tout d’abord, quelle est la situation aujourd’hui ? Un Conseiller communal affirmait en décembre 2023 qu’une étude avait été faite par HE et que le site était sain. Cela a été confirmé lors de la séance, mais la problématique des PFAS (substances per- et polyfluoroalkylées) « apportées par les mousses des exercices pompiers nombreux sur ce site ».

Ensuite, quel sera l’état pendant l’exploitation ? quels produits, en quelle quantité ? HE annonce que des contrôles réguliers seront effectués.

Et finalement, quel est le risque assumable, et assumé ? en cas d’incendie, en cas de dissémination naturelle ou non.

Les finances

Il semble bien que l’approbation de cet investissement ait été obtenu grâce à une certaine contrainte. J’ai lu dans le message du CC ou dans le PV que si ce crédit n’était pas adopté, cela avait le risque de stopper le projet «  avec toutes les conséquences qui s’en suivraient pour notre Commune et nos contribuables ?

C’était à contre cœur que la Commission financière a pris acte des conséquences possibles d’une non-entrée en matière.

Pouvez-vous nous en dire plus et sur quoi se base exactement cette affirmation ?

D’autre part, comment est-il possible de voter un crédit de CHF 1.5 mio qui avait été refusé à CHF 930’000.- en décembre, parce qu’on avait oublié CHF 500’000.- pour la défense incendie, et dont on nous dit qu’il pourrait être meilleur marché de près de CHF 900’000.- si Grolley voulait bien nous aider ?

Le bon sens serait plutôt de mieux cadrer la dépense avant de la voter, non ?

Là le CG a accepté une dépense faramineuse

  • Sans connaître le montant réel (- 900’000.- ?)
  • Sans savoir si l’investissement sera réellement fait ( au cas où HE démarre)
  • Sans connaître tous les paramètres d’un tel projet
  • Au bénéfice d’un seul contribuable dont

                        Dont la contribution au « bien » de la commune est flou

                        Dont l’activité peut amener des risques importants

                        Et surtout des nuisances déjà chiffrables (et pas seulement pou la commune !)

La compensation écologique

De nos jours, comme dans tous les projets ayant une prise sur l’environnement une compensation écologique est généreusement offerte. Dans le cadre du projet mentionné, on prévoit un « biotope » à l’est et une prairie extensive à l’ouest.

Ce qu’on ne dit pas, c’est que ce site est DEJA actuellement classé comme site d’importance cantonale pour les batraciens, sans aucune activité industrielle déployée à proximité. Qu’en sera-t-il quand le trafic et le bruit viendront s’y installer en permanence ?

Le Vallon de Chandon

Le vallon du Chandon est l’une des dernières régions « sauvage » de la broye fribourgeoise. Enclavé dans son écrin, il a longtemps été une commune indépendante.

Un retour à la nature de l’ancien cite Carbura serait un signal très fort de la part de la Commune à une époque charnière pour le climat autant que sur la manière de vivre.

Ce pourrait vraiment être « le jardin de Belmont-Broye » !

La méthode

Dans cette affaire, on a un peu l’impression que tout le monde fonce la tête dans le guidon sans vraiment réfléchir s’il y a des obstacles sur la route.

Pourquoi avoir attendu la veille (ou l’avant-veille) de la mise à l’enquête pour ouvrir le débat dans la population ?

On a l’impression que, conscient que ça pouvait être un sujet délicat, on a surtout évité de faire des vagues et de trop détailler l’affaire.

Si on compare avec ce qui s’est déjà discuté au CG. Tout est basé sur des approximations, autant au niveau de l’activité prévue, qu’au niveau financier. Des pans entiers de la problématique ont été passés sous silence. Par exemple, entre le vote de décembre où le crédit a été refusé et septembre où le crédit a été adopté, CHF 500’000.- sont venu s’ajouter parce qu’on avait oublié la défense incendie, nous en avons parlé, et ce n’est pas fini.

Ce qui est garanti, en l’état, c’est un engorgement supplémentaire du trafic sur l’axe Payerne – Fribourg par Grolley et Belfaux.

Ce qui est garanti c’est une nouvelle industrie et de nouveaux risques sur le territoire communal.

Ce qui est garanti, c’est une menace permanente sur une ressource qui sera l’or du futur : l’eau.

Last but not least : Qui est HE >> Paprec

Il est évident que ce n’est pas un « petit » du recyclage qui voudrait faire sa place à cet endroit.

HE est déjà un géant suisse du recyclage, qui a vu arriver le géant français du recyclage dans son actionnariat et déjà on ne parle plus que de PAPREC et il y a fort à parier qu’il deviendra majoritaire dans pas longtemps (dès que le site de Léchelles sera acté par exemple).

Qu’en sera-t-il de la concurrence d’une entreprise familiale que nous connaissons tous bien : Goutte récupération SA à Sévaz, entreprise familiale, déjà implantée dans une zone industrielle adaptée et que nous connaissons depuis longtemps.

Fin de combat ?

Vous avez tous appris que nous avons avec notre comité référendaire essayé d’ouvrir le débat en déposant une demande de referendum financier. Et là, d’un seul coup toutes les portes nous ont été fermées… Alors que c’est un droit politique fondamental, personne, de la Commune au Canton, en passant surtout par la Préfecture, n’a daigné nous indiquer que la procédure communale n’était pas identique à la procédure cantonale dans notre canton comme c’est le cas majoritairement ailleurs. Ce qui fait qu’à l’instant où l’on parle, nous ne savons toujours pas si nous aurons le droit de récolter les 426 signatures nécessaires au referendum.

Nous sommes partis très tard sur un projet dont nous ignorions tout jusqu’à ce que le beau terme (au vu des débats actuels) d’Helvetia Environnement nous interpelle et nous amène à nous intéresser à ce qui se préparait.

La question se pose maintenant au vu du « mille feuilles » de la mise à l’enquête qu’on s’apprête à nous faire avaler : Un referendum sur ce seul crédit suffira-t-il à empêcher cette réalisation qui semble déjà actée ?

Tout cela sans un mot pour la population de Grolley, bien sûr pas invités à cette soirée d’information.

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