L’abandon des activités et la désaffectation du site industriel a permis la colonisation du fond des bassins Ouest par des amphibiens à protéger (Crapaud calamite et Triton palmé). Cette colonisation est bien l’effet d’une reconquête lente et naturelle qui a permis aux batraciens, profitant des écosystèmes successeurs progressifs, de s’y développer. Aucun biotope artificiel n’atteint cette qualité d’intégration dans un site et les sites naturels de ce type sont extrêmement rares. Ce site est d’ailleurs répertorié comme site d’importance cantonale pour la reproduction des batraciens et la section nature et paysage du SFN a déjà précisé que la destruction de ce site n’était pas envisageable.
Pourtant, pour permettre le projet, ce biotope devrait disparaître pour permettre les aménagements prévus sur le site. Pour « compenser » la perte de ce biotope, une surface « dédiée aux aménagements naturels et aux biotopes humides » serait prévue à l’Est du périmètre, entre la forêt et la zone exploitée. Est prévue également la création d’une prairie à l’Ouest du périmètre à l’intérieur de l’espace clôturé (!).
La volonté de « bien faire », pour favoriser l’approbation de la zone spéciale destiné au centre de tri, est flagrante (notamment la gestion des périodes artificiellement sèches et humides !), mais il ne s’agit là en rien d’une compensation écologique. Comment peut-on imaginer « avoir fait le job » en créant deux espaces artificiels en bordure immédiate d’un site industriel à l’activité effervescente, au bruit intense (niveau IV), aux vibrations peut-être insensibles aux humains mais permanentes et au trafic incessant des véhicules ? A noter que le périmètre actuellement protégé est qualifié avec un degré de sensibilité au bruit de IV (j’imagine que ce ne sont pas les mêmes normes qui sont appliquées).
« Par conséquent, nous avons inscrit le nouveau biotope à créer prévu par le projet et le secteur de prairie comme périmètres de protection de la nature » dit le projet.
C’est juste une plaisanterie, qui n’apporte rien à la réelle préoccupation écologique de préserver d’une activité humaine de plus en plus envahissante un écosystème naturel qui se construit. C’est juste un simple décor à une administration « moderne » du site.
Mais la reprise de cette modification avec force détails dans le projet de modification du RCU, qui détermine avec un zèle certain et un niveau d’exigence clair la protection dont il conviendrait d’accorder à ces composantes écologiques, est juste oublieuse de l’élément principal sous-jacent à tout le site : l’eau de la nappe phréatique, en-dessous, qui pourrait être durablement menacée. Il est fait « grand cas » dans ce projet, et c’est tout à fait normal, de la présence de ces batraciens, trop rares, à protéger et dont les derniers biotopes disparaissent, mais on se montre curieusement bien oublieux de la ressource encore plus vitale en aval qu’on s’apprête « aussi » à mettre en danger.
