Pourquoi cette usine de tri est sans cesse la proie des flammes

Source : https://www.tdg.ch/pourquoi-cette-usine-de-tri-est-sans-cesse-la-proie-des-flammes-360742802185

Pourquoi cette usine de tri est sans cesse la proie des flammes

L’entreprise Sogetri a été victime d’un incendie à cinq reprises ces dix dernières années. Mais elle n’est pas la seule.

Chloé Dethurens     Publié: 05.03.2020, 07h00

Sogetri a été victime des flammes à cinq reprises en dix ans. Photo: Georges Cabrera

Les pompiers du Service d’incendie et de secours, aidés par les sapeurs volontaires de Lancy et de la Ville de Genève, ont œuvré toute la nuit, à soulever les ballots de déchets pour éteindre les flammes. La semaine dernière, l’usine de tri Sogetri, située dans le quartier de la Praille à Carouge, a été victime d’un incendie pour la cinquième fois en dix ans. Mais elle n’est pas la seule à être régulièrement la proie des flammes: les sinistres dans les centres de tri du canton sont loin d’être rares.

Pourquoi Sogetri cumule-t-elle les incendies? Probablement car l’entreprise gère «la plus grande quantité de déchets de tout le canton», selon son directeur Thierry Vialenc, d’où une plus forte récurrence. La cause principale de ces départs de feu, toujours suivis d’une enquête de police, pourrait bien être la présence indésirable de déchets non conformes dans les matériaux réceptionnés par l’usine, quelque 30’000 tonnes par an de bois, gravats et autres débris de chantier.

Dangereuse pile au lithium

Coupable le plus probable? La pile au lithium, qui a sans doute causé le sinistre de la semaine passée, selon les premières images de vidéosurveillance. «Depuis cinq ans, ces batteries se retrouvent de plus en plus souvent dans le matériel professionnel de chantier, poursuit le responsable. Dans les accus de perceuses, par exemple. Et certains clients ne prennent pas la peine de les séparer des autres déchets, ce qui leur coûterait évidemment plus cher.»

L’incendie de 2015. Photo: Georges Cabrera

Par ailleurs, ces batteries étant parfois très petites, il est difficile de les repérer au milieu de la masse de déchets rapportés chaque jour (Sogetri compte plus de 300 entrées quotidiennes de matériaux). «Cette problématique se retrouve dans tous les centres de tri, partout en Europe», précise Thierry Vialenc.

Directeur du Service de géologie, sols et déchets, Jacques Martelain confirme. «Il y a beaucoup d’incendies dans les centres de tri à Genève, pour des raisons qui ne sont pas toujours connues. Mais la cause la plus probable est en effet la présence de batteries au lithium, qui peuvent s’autoenflammer.» D’autant plus facilement si elles sont détériorées ou soumises à de fortes températures. À plusieurs reprises, le feu s’est ainsi déclaré dans la fosse de réception des déchets de l’usine des Cheneviers. «Ces batteries se retrouvent aussi dans les ordures des particuliers, alors qu’elles devraient être déposées dans des espaces de récupération pour ensuite être acheminées dans les bonnes filières, qui ne sont par ailleurs pas encore très développées», précise Jacques Martelain. Rappelons que les piles au lithium permettent d’alimenter les objets électriques tels que smartphones, ordinateurs, trottinettes ou vapoteuses.

Plusieurs usines touchées

Des feux se sont également déclenchés dans d’autres centres de tri privés à Genève. L’entreprise Serbeco, dans la zone industrielle de Peney, a été touchée plusieurs fois ces dernières années. En 2018, c’est Papirec, à la Praille, qui a vu 150 tonnes de papiers partir en fumée. «Les risques sont nombreux pour les recycleurs, reconnaît Jean-Paul Humair, directeur de RVMSA, une entreprise qui avait elle aussi été ravagée par les flammes en 2015 suite à un problème technique. On peut retrouver un brasero ou des mégots mal éteints, des encombrants particulièrement inflammables, des déchets spéciaux (comme des solvants) non triés, et effectivement des piles au lithium…» C’est son entreprise qui prend en charge ces batteries, mettant tout en œuvre pour éviter les risques. «Ces matériaux ont un fort pouvoir calorifique s’ils sont endommagés. Nous les isolons des autres déchets et les plaçons dans des fûts remplis de billes de vermiculite, le temps de les traiter.»

L’incendie de 2013. Photo: Magali Girardin

Alors, que faire pour éviter à ces batteries et autres matériaux dangereux d’atterrir dans les déchetteries, puis d’y déclencher un feu? «Nous sensibilisons nos clients à bien trier les déchets spéciaux. Nous avons également créé un poste de surveillance à la réception des matériaux sur notre site de la Praille», explique Thierry Vialenc. Des caméras de vidéosurveillance et thermiques ont aussi été installées. Par ailleurs, l’entreprise vise, à terme, la réduction des quantités stockées à Carouge, pour les envoyer le plus rapidement possible dans son second centre de tri à Satigny, en camion ou en train.

Ce qui soulagera probablement la commune de Lancy, qui a dû composer avec ces feux à répétition. «Pour l’heure, nous n’avons pas beaucoup de marge de manœuvre, reconnaît Frédéric Renevey, conseiller administratif. Heureusement, aucune habitation immédiate n’est située à proximité, vu que l’on se trouve en zone industrielle.»

Laisser un commentaire

Retour en haut