Commentaire de l’Etude locale de risques contre les crues (CSD Ingénieurs, mandataire)

Entendons-nous bien, il ne s’agit pas ici pour moi de remettre en cause une étude technique pour laquelle je ne suis pas compétent, mais de poser encore une fois quelques questions de bon sens ou de soulever des points qui paraissent peu clairs, alors qu’ils servent de fondements explicatifs pour la décision.

1. Un point a déjà été signalé : le focus mis quasi exclusivement sur le danger couru par les constructions présentes sur le site (notamment le bâtiment administratif situé au Nord-Est) alors que le danger, vu sous l’angle des crues ou du ruissellement, pourrait plutôt provenir d’une dissémination des déchets dans l’environnement.            

2. La technique statistique du temps de retour, fréquence basée sur des statistiques d’occurrence, utilisée ici, est maintenant remise en cause au vu de l’évolution climatique qui déstabilise ces prévisions historiques par la recrudescence d’événements dit exceptionnels, sortant du cadre statistique établi et alliant périodes de canicules et précipitations extrêmes. La méthode du temps de retour suppose que les conditions climatiques et hydrologiques restent stables dans le temps. Or, avec le changement climatique, cette hypothèse est de moins en moins valable. Pour les crues très rares (par exemple, temps de retour au-delà de 100 ou 200 ans), les données historiques sont souvent insuffisantes, ce qui augmente l’incertitude des estimations. Il devient donc nécessaire d’intégrer des scénarios climatiques. Les projections climatiques (comme celles du GIEC) devraient alors être utilisées pour comprendre comment les précipitations ou les températures pourraient évoluer dans le futur, ce qui n’a visiblement pas été fait dans cette étude, mais que je relève pour les éléments critiques.

Pour ces mêmes raisons, les temps de retour les plus élevés, Q100 ou Q300 cités dans l’étude, ne paraissent pas fiables et pourraient induire un excès d’optimisme qui se traduit d’ailleurs dans l’étude par les nombreuses mentions de l’inutilité de prendre des mesures supplémentaires, fort opportune pour le court terme, mais…

Qui vivra, verra !

3. Par ailleurs, la prétention de se limiter à la ressource « eau de pluie » pour le process, comme cela a été présenté à la population en séance d’information, est problématique en regard des mêmes éléments climatiques à considérer (arrêterait-on l’exploitation en cas de sécheresse prolongée ?) et ne fait que rappeler le rôle central que tiendra l’approvisionnement en eau dans le futur. Cet approvisionnement du site pour ses diverses utilisations pourrait même s’avérer concurrentiel et aggraver la disponibilité publique pour l’instant partagée entre deux communes.

4. L’étude révèle cependant un point intéressant concernant le déversement des eaux de ruissellement. Il est notamment mentionné « qu’en cas d’accumulation trop importante, le débordement se ferait en direction de la forêt » et plus loin « qu’une grille d’évacuation est présente au point bas existant devant le bâtiment existant […]. Cette grille est raccordée au cours d’eau sous tuyau. Il s’agit du seul exutoire afin d’évacuer les eaux ».

Deux remarques s’imposent :

  • Premièrement, le document « Notice explicative pour la Commune de Léchelles » rédigé par Basler et Hoffmann précisait déjà bien que cette grille n’est pas efficace en cas d’événement majeur, car elle serait rapidement obstruée par les flottants et le charriage, ce qui pourrait être le scénario pour tous les temps de retour. Ce constat est également celui de CSD Ingénieurs.
  • Qu’arrivera-t-il si une pluie importante survient après un incendie qui nécessiterait la retenue des eaux d’extinctions ? Les eaux de pluies seraient empêchées d’être collectées dans les réservoirs prévus à cet effet et viendraient grossir le niveau des eaux d’extinctions.

5. Tout indique que le ruissellement vers le Nord (Nord-Est d’abord, puis Nord-Ouest), le positionnement du site en amont du Puits des Baumes et la surface prévue complètement imperméabilisée représentent les plus grands dangers pour la ressource eau sous-jacente.

6. Les mesures de protection sont évaluées financièrement par rapport au bâtiment existant. Mais peut-on en rester là ? L’étude ne quantifie en aucun lieu les coûts d’une pollution accidentelle de la ressource eau du Puits des Baumes et de son impact sur toute la région, en tenant compte d’une durée éventuellement longue, voire définitive. Déjà mentionnée, je reprends cette citation du PIEP de Grolley :

4.4.4.1 Pollution accidentelle de la ressource principale

Comme l’essentiel des ressources proviennent du puits des Baumes, une pollution de ce captage affecterait tout le système d’approvisionnement en eau potable.

     Commune de Grolley, Plan des infrastructures d’eau potable (PIEP), RWB Groupe SA

Sans surprise, la « Vulnérabilité du projet » n’est évaluée qu’en regard du bâtiment existant. Et toute l’étude se termine par une conclusion étonnante, qui laisse la charge d’une protection éventuelle, qu’on avait qualifiée de non proportionnée quelques lignes plus haut, à la Commune de Belmont-Broye…

Selon le portail cartographique du canton Fribourg, la parcelle 8757 accueillant le Centre de traitement des déchets et valorisation des matières secondaires à Léchelles est concernée par danger d’inondation par les crues de danger élevé. Aucune mesure de protection supplémentaire n’est préconisée.

L’amélioration de l’ouvrage de mise sous tuyau du cours d’eau du Chandon par la commune permettra de grandement diminuer la situation de danger de crues au niveau de la zone de projet.

                       Etude locale de risques contre les crues, 6 Conclusion (CSD Ingénieurs)

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Opposition au centre de tri de déchets
Un projet prévoit d'implanter un centre de tri de déchets à Léchelles (FR) sur une friche industrielle en cours de renaturation et à l'abandon depuis une vingtaine d'années, menaçant le captage du Puits-des-Baumes qui fournit l'eau potable à plusieurs milliers d'habitants de la région. L'historique de ce non-sens est disponible dans le menu supérieur. Le document que tu as chargé s'inscrit dans le cadre de l'opposition déposée par un particulier contre cette implantation et détaille un aspect de cette contestation.
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Impact sur l'aquifère
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